
1558 : Comment François de Guise libéra Calais et rendit son honneur à la France chrétienne
- Histoire
- 12 janvier 2026
Deux siècles d’humiliation balayés par six jours de feu
Pendant deux cent onze ans, Calais fut une plaie ouverte dans la chair du royaume. Depuis 1347, cette ville stratégique, arrachée par l’ennemi lors de la Guerre de 100 ans, restait aux mains de l’Angleterre, rappel quotidien d’une France blessée mais jamais résignée. En janvier 1558, l’impossible se produit : François de Guise, chef de guerre catholique et serviteur zélé des rois Valois, rend Calais à la France. Cette victoire n’est pas seulement militaire ; elle est spirituelle, symbolique et nationale.
Calais, symbole d’une France mutilée depuis le Moyen Âge
Une enclave anglaise sur le sol français
Depuis sa chute au XIVe siècle, Calais constituait la dernière possession anglaise continentale. Fortifiée, ravitaillée par la mer, protégée par des marais, elle était réputée imprenable. Pour les Français, elle incarnait l’héritage douloureux de la défaite médiévale et l’ombre persistante de la domination étrangère.
La perte de Calais avait marqué la fin concrète de la présence anglaise massive, mais son maintien sous pavillon ennemi demeurait une humiliation nationale. Chaque génération héritait de ce fardeau, comme une dette d’honneur non acquittée.
Un enjeu géopolitique et spirituel
Au XVIe siècle, l’Europe est en mutation. La Réforme protestante fracture la chrétienté, tandis que les royaumes s’affrontent pour l’influence et la survie. Pour la France catholique, reprendre Calais signifiait affirmer sa vocation de rempart de la foi et de puissance continentale.
François de Guise, le glaive de la France catholique
Portrait d’un héros français
François de Lorraine, duc de Guise, naît en 1519 dans une famille profondément ancrée dans la tradition catholique. Très tôt, il s’impose comme un chef charismatique, courageux jusqu’à la témérité. Sa défense de Metz contre Charles Quint en 1552 avait déjà fait de lui un héros national.
Guise ne combat pas seulement pour la gloire personnelle. Il se voit comme le bras armé d’une France chrétienne menacée, à l’intérieur par les divisions religieuses, à l’extérieur par des ennemis séculaires.
Une foi vécue comme un moteur de guerre
Avant l’assaut sur Calais, des témoignages évoquent des messes célébrées quotidiennement dans le camp français. Guise lui-même aurait communié avant l’offensive, convaincu que la victoire dépendait autant de la discipline morale que de l’artillerie.
Un chroniqueur anonyme de Picardie note :
« Le duc exhortait les soldats à se confesser, disant que Dieu marchait avec les justes. »
Janvier 1558 : l’offensive de l’impossible
Un hiver glacial, une attaque fulgurante
L’un des coups de génie de Guise fut de frapper en plein hiver. Les Anglais, persuadés qu’aucune armée n’oserait attaquer dans le froid et la boue, relâchent leur vigilance. Le 7 janvier 1558, les troupes françaises surgissent.
En six jours seulement, les forts tombent les uns après les autres. L’artillerie française, modernisée et bien commandée, ouvre des brèches décisives. Les murailles, réputées invincibles, cèdent.
Les raisons d’un succès éclair
Faits clés de la victoire française :
Effet de surprise total en hiver
Supériorité de l’artillerie française
Moral élevé des troupes, portées par la foi
Commandement unifié sous Guise
Défense anglaise sous-estimant l’attaque
Le 13 janvier, Calais capitule. L’Angleterre perd ce que deux siècles de guerre lui avaient assuré.
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Une reine brisée, une nation relevée
La reine Mary Tudor, profondément attachée à Calais, aurait confié peu avant sa mort :
« Quand je mourrai, on trouvera Calais gravé sur mon cœur. »
Cette phrase, qu’elle soit littérale ou reconstruite par l’histoire, traduit l’ampleur du choc. Pour la France, au contraire, la victoire est une résurrection nationale.
L’historien Jacques Bainville écrira plus tard :
« Calais rendue, c’est la France qui se retrouve elle-même. »
Timeline chronologique : la reprise de Calais
Chronologie des événements clés
1347 : Prise de Calais par les Anglais
1453 : Fin de la Guerre de 100 ans, Calais reste anglaise
1552 : François de Guise défend Metz contre Charles Quint
7 janvier 1558 : Début de l’offensive française
13 janvier 1558 : Capitulation de Calais
1559 : Traité confirmant la possession française
Anecdote méconnue : la cloche de la délivrance
Un fait rarement évoqué concerne une cloche de la cathédrale de Calais. Selon une tradition locale, Guise aurait ordonné qu’elle sonne immédiatement après la reddition, non pour célébrer la victoire militaire, mais pour appeler à un Te Deum d’action de grâce.
Cette cloche, refondue plus tard, aurait porté l’inscription latine “Non nobis Domine” — « Non pas à nous, Seigneur » — rappelant que la victoire était attribuée à Dieu plus qu’aux hommes.
Impacts spirituels et nationaux : une victoire fondatrice
La France, fille aînée de l’Église
La reprise de Calais renforce l’image d’une France protectrice de la foi catholique. À une époque de fractures religieuses, cette victoire apparaît comme un signe de cohésion spirituelle et de mission historique.
Elle rappelle que la nation française ne se définit pas uniquement par des frontières, mais par une continuité morale, chrétienne et culturelle.
Une leçon d’unité et de persévérance
Deux siècles d’occupation n’avaient pas éteint la mémoire française. La patience, la transmission et la fidélité à l’héritage ont rendu possible ce retournement spectaculaire. Calais prouve que l’histoire de France chrétienne est faite de chutes, mais aussi de relèvements.
Réflexion patrimoniale : Calais, ou la mémoire qui libère
Calais n’est pas qu’un épisode glorieux. C’est une leçon pour la France d’aujourd’hui. Elle nous enseigne que l’identité nationale ne se conserve pas par l’oubli, mais par la mémoire vivante. Honorer François de Guise, ce n’est pas glorifier la guerre ; c’est reconnaître la force d’une nation lorsqu’elle demeure fidèle à ses racines spirituelles et historiques.
Préserver notre unité spirituelle et nationale, c’est comprendre que la grandeur française naît de l’alliance entre courage, foi et transmission.








