
6 février 1340 : Pourquoi Édouard III s’est-il proclamé roi de France ? L’arrogance anglaise qui déclencha la Guerre de Cent Ans
- Histoire
- 16 février 2026
Le 6 février 1340 : un défi lancé à la France chrétienne
Le 6 février 1340, dans la ville flamande de Gand, le roi d’Angleterre Édouard III accomplit un geste d’une portée immense : il se proclame solennellement « roi de France et d’Angleterre ». Par cet acte, il ne se contente pas d’une querelle diplomatique. Il conteste la légitimité même du souverain français, et donc l’ordre voulu par Dieu sur le royaume très chrétien.
Cet événement marque un tournant décisif dans l’histoire de la Guerre de 100 ans en France chrétienne. L’Angleterre, puissance insulaire ambitieuse, prétend hériter d’une couronne qui ne lui appartient pas. Derrière les calculs généalogiques se cache une ambition impériale : contrôler la France, ses terres, ses ports, son économie, et, plus profondément encore, son prestige spirituel au cœur de la chrétienté occidentale.
La France du XIVe siècle n’est pas un simple territoire. Elle est le fruit de siècles d’édification monarchique, depuis les Mérovingiens jusqu’aux Capétiens, dont la continuité dynastique exceptionnelle a façonné une stabilité rare en Europe. La remise en cause de cette continuité par un souverain étranger est perçue comme une provocation grave, presque sacrilège.
Le contexte : fin des Capétiens directs et montée des tensions
Une crise dynastique inédite
En 1328, le roi Charles IV, dernier fils de Philippe le Bel, meurt sans héritier mâle. Avec lui s’éteint la lignée directe des Capétiens. Pour la première fois depuis plus de trois siècles, la transmission héréditaire semble incertaine.
Deux prétendants émergent :
Philippe de Valois, cousin du défunt roi, issu de la lignée masculine capétienne.
Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, Isabelle de France.
La question centrale est celle de la transmission par les femmes. Les juristes français invoquent ce que l’on appellera plus tard la « loi salique » : la couronne ne peut se transmettre ni à une femme, ni par une femme. Ainsi, Édouard III est écarté au profit de Philippe VI, fondateur de la dynastie des Valois.
Philippe VI : roi légitime face à la contestation
Philippe VI de Valois devient roi en 1328. Il incarne la continuité capétienne par la lignée masculine. Son élection par les grands du royaume n’est pas un simple choix politique : elle est fondée sur une conception sacrée de la monarchie française.
En France, le roi est sacré à Reims. L’onction fait de lui le lieutenant du Christ sur terre. Cette dimension religieuse est essentielle pour comprendre l’ampleur de la provocation anglaise. Revendiquer la couronne de France, c’est revendiquer une mission spirituelle.
Édouard III : ambition dynastique et calcul politique
Qui est Édouard III ?
Édouard III, roi d’Angleterre depuis 1327, est un souverain énergique, ambitieux et stratège. Descendant par sa mère des rois de France, il nourrit l’idée que son sang lui confère un droit sur la couronne.
Mais au-delà de la généalogie, ses motivations sont aussi économiques et stratégiques :
Contrôler les riches régions françaises, notamment en Aquitaine.
Assurer l’approvisionnement en laine via la Flandre, région économiquement liée à l’Angleterre.
Affirmer sa puissance face à une monarchie française dominante en Europe.
En 1340, à Gand, ville flamande acquise à sa cause, il franchit le pas symbolique : il adopte les armes de France, mêlant les lys capétiens aux léopards anglais.
Un geste calculé en terre flamande
Pourquoi Gand ? Parce que la Flandre est alors un territoire stratégique, tiraillé entre fidélité au roi de France et intérêts économiques tournés vers l’Angleterre. En se proclamant roi de France sur cette terre, Édouard III cherche à rallier les cités marchandes à sa cause.
Il ne s’agit pas d’un simple caprice. C’est une opération politique mûrement réfléchie. Il espère créer un front nord contre Philippe VI.
Un chroniqueur contemporain, Jean Froissart, rapporte que le roi d’Angleterre « prit le nom et les armes de France, et manda par lettres qu’on l’appelât désormais roi des deux royaumes ». Le symbole est clair : il ne revendique pas une part, mais la totalité.
Guerre de Cent ans : l’incendie européen
La proclamation de 1340 n’est pas l’origine unique du conflit, mais elle en est le catalyseur public et spectaculaire. La Guerre de 100 ans (1337–1453) devient l’un des conflits les plus longs et les plus structurants de l’histoire européenne.
Les premières confrontations
Dès 1337, les hostilités ont commencé. Mais après 1340, la guerre prend une dimension idéologique :
Bataille navale de L’Écluse (1340).
Victoire anglaise à Crécy (1346).
Prise de Calais (1347).
Le royaume de France traverse alors une période d’épreuves : défaites militaires, peste noire, crises sociales.
Pourtant, jamais l’Angleterre ne parviendra à posséder durablement la France. Malgré des victoires éclatantes, le contrôle anglais reste partiel et fragile.
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Faits méconnus sur la revendication d’Édouard III
Voici quelques éléments souvent absents des résumés classiques :
Édouard III fit frapper des monnaies portant les fleurs de lys, affirmant visuellement sa prétention.
Il modifia son grand sceau royal pour y inclure les symboles français.
Des clercs anglais produisirent des traités juridiques justifiant la transmission par les femmes, en opposition frontale aux juristes français.
Certains nobles français, mécontents du pouvoir royal, envisagèrent un temps de négocier avec lui.
Le conflit contribua à faire émerger un sentiment national plus marqué chez les sujets français.
Ces faits montrent que la revendication n’était pas un simple slogan, mais une tentative structurée de légitimation.
Timeline : de la crise dynastique à l’affirmation française
Chronologie essentielle (1328–1429)
1328 : Mort de Charles IV, fin des Capétiens directs.
1328 : Sacre de Philippe VI de Valois.
1337 : Début officiel de la guerre entre France et Angleterre.
6 février 1340 : Proclamation d’Édouard III à Gand.
1346 : Défaite française à Crécy.
1356 : Capture du roi Jean II à Poitiers.
1360 : Traité de Brétigny, concessions territoriales.
1415 : Défaite d’Azincourt face à Henri V.
1429 : Intervention décisive de Jeanne d’Arc et sacre de Charles VII à Reims.
Cette chronologie révèle que la guerre est autant une lutte militaire qu’un combat pour la légitimité sacrée.
Jeanne d’Arc : la réponse divine à la prétention anglaise
Si Édouard III incarne l’ambition dynastique, Jeanne d’Arc symbolise la réponse spirituelle française.
Au XVe siècle, alors que le royaume semble presque perdu, une jeune fille venue de Lorraine affirme recevoir mission de Dieu pour sauver la France. Elle ne parle pas de stratégie, mais de légitimité divine.
Le sacre de Charles VII à Reims en 1429 est plus qu’un succès politique : c’est la restauration visible de l’ordre sacré.
L’historien Jules Michelet écrira :
« La France était une personne. Elle avait un cœur. Jeanne fut ce cœur. »
Par son action, elle scelle la vérité que la France n’est pas une proie dynastique, mais une réalité spirituelle incarnée.
Une épreuve fondatrice pour l’identité française
La proclamation d’Édouard III a eu un effet paradoxal. En voulant s’emparer de la France, il a contribué à forger son unité.
Naissance d’un sentiment national
Avant la guerre, l’identité était largement féodale et locale. Le conflit prolongé contre l’Angleterre favorise :
La centralisation monarchique.
L’affirmation du droit royal.
La naissance d’un sentiment d’appartenance au « royaume de France ».
La foi chrétienne joue un rôle central. Le roi très chrétien devient le point de ralliement face à l’ennemi étranger.
Une monarchie sacrée renforcée
La crise prouve que la légitimité ne repose pas uniquement sur le sang, mais sur une tradition juridique et religieuse. La France affirme que son roi tient son pouvoir de Dieu seul, par le sacre, et non par une simple équation généalogique.
Cette conception distinguera durablement la monarchie française d’autres monarchies européennes.
Galerie d’images – Reconstitution IA
Images générées par intelligence artificielle pour illustrer le short : scène solennelle à Gand en 1340, Édouard III arborant les armes mêlées de France et d’Angleterre, nobles flamands en arrière-plan, tension politique palpable.



Réflexion patrimoniale : ce que 1340 nous enseigne aujourd’hui
L’histoire de la proclamation d’Édouard III n’est pas un épisode poussiéreux. Elle nous rappelle que la France a traversé des épreuves existentielles.
Un roi étranger a prétendu s’emparer de son trône. Des défaites ont humilié ses armées. Des villes ont été perdues. Pourtant, la France n’a pas disparu.
Pourquoi ?
Parce que son unité ne reposait pas seulement sur la force des armes, mais sur une conscience partagée : celle d’un royaume lié par une histoire, une foi, une mission.
Préserver cet héritage ne signifie pas cultiver l’hostilité, mais comprendre d’où nous venons. La France s’est construite dans l’épreuve, en défendant sa continuité spirituelle et nationale.
En 1340, l’arrogance anglaise croyait pouvoir s’approprier les lys. Mais les lys ne fleurissent que sur une terre nourrie par sa propre sève. Cette leçon demeure.







