1420 : L’entrée d’Henri V à Paris – Trahison, occupation et renaissance de la France

Un roi brisé, un royaume humilié – et pourtant, une France prête à renaître

Le 1er décembre 1420 est une date que peu de Français connaissent, et pourtant, elle marque un des plus profonds abaissements de notre histoire. Ce jour-là, Henri V d’Angleterre, victorieux, impérieux, sûr d’être l’instrument d’un destin qui ne devait pas être le sien, fait son entrée solennelle dans Paris aux côtés de Charles VI, roi légitime mais brisé par la maladie. Dans une ville affamée, meurtrie par des décennies de guerres civiles, c’est un spectacle douloureux : celui d’un souverain étranger accueilli comme un maître.

Pourtant, si Paris acclame, Paris tremble. Car sous les cris officiels et les tentures, les habitants savent instinctivement que quelque chose se joue ici : l’honneur de la France, sa continuité, sa foi en elle-même.

Cette humiliation durera seize ans. Mais ces années, terribles pour la capitale comme pour l’âme française, seront aussi le terreau d’un redressement. C’est souvent dans l’abaissement que se forgent les renaissances. Et la France, fille aînée de l’Église, ne renaît jamais mieux qu’à travers l’épreuve.

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Le contexte : un royaume épuisé entre folie royale, guerre civile et ambitions anglaises

Le Moyen Âge tardif est une période de fractures. Charles VI, frappé de crises de démence, laisse derrière lui un royaume sans pilote stable. Ses périodes de lucidité ne suffisent plus à tenir ensemble les ambitions, les rancœurs et les calculs politiques.

Deux factions déchirent la France :

  • Les Armagnacs, fidèles au dauphin, défenseurs d’une monarchie légitime et centralisée.

  • Les Bourguignons, alliés de la puissante maison de Bourgogne, qui cherchent à orienter le royaume selon leurs intérêts.

Cette guerre civile ouvre une brèche béante dans laquelle s’engouffre Henri V d’Angleterre. Après sa victoire presque miraculeuse d’Azincourt en 1415, où la chevalerie française s’effondre dans la boue sous les flèches anglaises, il poursuit méthodiquement son avancée en Normandie. Tout son génie stratégique – que même ses ennemis reconnaissent – s’exprime dans cette campagne.

Quand il arrive à Troyes en 1420, la France est à genoux. La reine Isabeau de Bavière, influencée, effrayée, parfois manipulée, accepte l’impensable : le traité de Troyes, qui déshérite le dauphin et promet la couronne de France au roi d’Angleterre, par le mariage d’Henri V avec Catherine de Valois.

La signature est un coup de poignard planté dans le corps de la France.

1420 : l’entrée d’Henri V dans Paris, une procession qui cache la détresse

La scène est grandiose : tentures aux couleurs du royaume, oriflammes, trompes, cloches. Paris, épuisée, tente d’offrir une image de fête. Mais la fête est forcée. Les chroniqueurs décrivent une population divisée : certains, bourguignons fervents, voient en Henri V un restaurateur de l’ordre. D’autres ne s’y trompent pas : c’est un maître étranger qui entre, non un roi légitime.

Charles VI apparaît affaibli, comme une ombre portée. On raconte que son regard, ce jour-là, semblait traverser les foules sans les voir, comme s’il percevait à peine ce qui se jouait autour de lui.

Henri V, lui, défile en conquérant. Son autorité s’impose immédiatement : les garnisons anglaises s’installent à la Bastille, au Louvre, dans les points stratégiques de la ville. La capitale devient un camp militaire, tenu par des soldats qui ne parlent pas la langue du peuple qu’ils contrôlent.

La prospérité que certains espéraient ne vient pas.
La famine, l’augmentation des impôts, la violence des soldats étrangers, les restrictions… Tout cela fait de Paris une ville captive.

Les personnages : figures de lumière et d’ombre

Charles VI – Le roi brisé

La folie de Charles VI n’est pas seulement une tragédie humaine. C’est une blessure politique qui ouvre la voie à toutes les manipulations. Pourtant, ses contemporains reconnaissent sa piété sincère ; certains affirment que, dans ses moments de lucidité, il priait pour la survie du royaume.

Catherine de Valois – La reine au cœur déchiré

Mariée pour sceller un traité qui trahit le sang des Valois, Catherine incarne le drame des alliances forcées. Écartelée entre son devoir, sa famille et la future lignée qu’elle donnera aux Tudors, elle est un personnage complexe, trop souvent résumé à un outil diplomatique.

Henri V – Le conquérant méthodique

Illustre stratège, discipliné, animé d’un sens presque sacré de sa mission, Henri V impose un ordre redoutable. Mais sous son règne d’occupation, les Parisiens découvrent que l’ordre sans liberté est une prison.

Le dauphin Charles – Le futur Charles VII

Exilé, calomnié, déclaré illégitime, il devient malgré lui le symbole de la résistance française. Sa route sera longue avant de devenir le roi victorieux qui redonnera confiance au royaume.

Arthur de Richemont – Le libérateur

Connétable de France, chevalier dur et droit, il incarne le retour de la vigueur militaire française. C’est lui qui, en 1436, mènera l’entrée libératrice dans Paris.

Une anecdote méconnue : le “silence des cloches” de 1421

Entre 1420 et 1421, un phénomène étrange est rapporté dans plusieurs chroniques parisiennes : le silence volontaire de nombreuses cloches paroissiales au moment où les garnisons anglaises patrouillaient.
Les prêtres, sous le couvert de motifs techniques ou de réparations fictives, avaient réduit ou suspendu les sonneries à heure fixe.

Ce silence n’était pas anodin.
Il devint un signe discret de résistance, un message codé adressé aux fidèles :

« Le cœur du royaume ne bat plus comme avant. Priez pour sa délivrance. »

Les Anglais, selon un rapport du prévôt anglais de Paris, trouvèrent étrange cette diminution des sonneries, mais n’y virent pas un acte politique. Pourtant, pour les Parisiens, c’était un symbole puissant : la foi demeurait, la nation aussi, même si les cloches se taisaient en surface.

Cet épisode n’apparaît presque jamais dans les ouvrages généraux, mais il dit beaucoup de l’état d’esprit du peuple : soumis en apparence, mais jamais résigné.

1436 : Paris se soulève – la Renaissance commence

En avril 1436, seize ans d’humiliation prennent fin. Les Parisiens, malgré la misère, malgré la peur, malgré la présence militaire écrasante, se révoltent. Les portes s’ouvrent aux troupes françaises du connétable de Richemont. Les Anglais fuient sous les huées et les jets de pierre. On raconte que certains soldats anglais, abasourdis, se demandaient comment une population si docile la veille pouvait se transformer en torrent furieux.

La France renaît par son peuple.
Par sa foi.
Par son refus instinctif d’être dominée.

L’entrée de Richemont dans Paris n’est pas seulement une victoire militaire : c’est un redressement moral. C’est un peuple qui retrouve son âme.

Une conclusion patriotique : La France humiliée, mais jamais soumise

L’événement du 1er décembre 1420 n’est pas qu’une page sombre : c’est une leçon.
On peut briser un roi.
On peut affamer un peuple.
On peut occuper une capitale.

Mais on ne peut pas étouffer l’esprit d’un pays bâti sur mille ans d’histoire, de culture, de foi chrétienne, de fidélité à lui-même.
La France plie, mais elle se relève toujours, parce qu’elle est faite de chair, de prière, de courage, de mémoire.

L’entrée d’Henri V à Paris marque l’un des abîmes du royaume.
La libération de 1436, elle, annonce la future épopée : celle d’un royaume réconcilié, reconquis, réaffirmé, jusqu’au sacre de Reims et au triomphe final.

Rambarde Knight

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