
Dauphin Charles, régent de France en 1418 : comment un prince banni sauva la couronne française
- Histoire
- 30 décembre 2025
Un prince seul face à l’effondrement du royaume
L’hiver 1418 est l’un des plus sombres de l’histoire de la France. Le royaume est déchiré, occupé, humilié. Paris est tombée aux mains des Bourguignons alliés aux Anglais, le roi Charles VI sombre dans une folie incurable, et l’héritier légitime, le dauphin Charles, est chassé de la capitale comme un paria. Tout semble perdu.
Et pourtant, dans cette nuit politique et spirituelle, un acte de courage va changer le cours de l’histoire. Le 26 décembre 1418, à Bourges, ce jeune prince de seize ans se proclame régent du royaume de France. Ce geste, apparemment symbolique, est en réalité un acte de survie nationale. Il affirme que la France ne meurt pas tant qu’un fils légitime des rois capétiens se tient debout.
Cet épisode méconnu est l’un des moments fondateurs de la résistance française durant la Guerre de Cent Ans. Il marque la naissance d’une France fidèle, enracinée dans la foi chrétienne et la légitimité dynastique, face à la trahison et à l’occupation étrangère.
Le royaume en ruines : contexte politique et spirituel du XVe siècle
Une France déchirée par la guerre civile
Au début du XVe siècle, la France n’est pas seulement en guerre contre l’Angleterre. Elle est rongée de l’intérieur. Depuis l’assassinat du duc d’Orléans en 1407, deux factions s’affrontent violemment : les Armagnacs et les Bourguignons. Cette guerre civile affaiblit mortellement le royaume.
Les Bourguignons, sous l’autorité du duc Jean sans Peur, n’hésitent pas à pactiser avec l’ennemi anglais pour écraser leurs rivaux. En mai 1418, leurs partisans s’emparent de Paris. Des massacres ensanglantent la ville. Les fidèles du dauphin sont pourchassés, exécutés, jetés à la Seine.
Charles VI, un roi absent
Au sommet de l’État, Charles VI n’est plus en mesure de gouverner. Ses crises de folie, interprétées à l’époque comme une épreuve divine, laissent le royaume sans guide. Le pouvoir réel est disputé par les princes, les factions et les intérêts étrangers.
Dans cette confusion, la question de la légitimité devient centrale. Qui incarne encore la continuité sacrée de la monarchie française, ce pouvoir reçu de Dieu lors du sacre à Reims ?
Le dauphin Charles : héritier contesté, foi intacte
Un prince chassé de Paris
Né en 1403, Charles de Valois est le cinquième fils de Charles VI. Rien ne le destinait initialement à régner. La mort successive de ses frères fait pourtant de lui l’héritier légitime du trône. Mais cette légitimité dérange.
Après la prise de Paris, le dauphin doit fuir précipitamment la capitale. Il échappe de peu à l’arrestation, voire à l’assassinat. Cette fuite marque profondément le jeune prince. Il découvre la solitude du pouvoir, mais aussi le sens du devoir.
La foi comme socle de résistance
Contrairement à ses ennemis, Charles conserve une profonde piété. Entouré de conseillers ecclésiastiques et de nobles fidèles, il voit dans sa mission une responsabilité devant Dieu. Gouverner, ce n’est pas seulement exercer un pouvoir : c’est préserver un ordre chrétien voulu par la Providence.
Un chroniqueur de l’époque écrit :
« Le dauphin, en sa jeunesse, montrait constance là où les hommes mûrs chancelaient. »
26 décembre 1418 : Bourges, capitale de la France fidèle
Pourquoi Bourges ?
Bourges n’est pas choisie au hasard. Située dans le Berry, au cœur des terres restées fidèles à la couronne, la ville devient le refuge du pouvoir légitime. On parlera plus tard, avec mépris, du “royaume de Bourges”. Mais ce sobriquet cache une réalité : Bourges est alors la seule capitale libre de France.
La proclamation de la régence
Le 26 décembre 1418, Charles se proclame régent du royaume de France. Il ne se fait pas roi – par respect pour son père vivant – mais affirme clairement qu’il exerce l’autorité souveraine au nom de la continuité dynastique.
Cet acte a trois conséquences majeures :
Il empêche toute vacance du pouvoir royal.
Il rallie les fidèles autour d’un chef légitime.
Il inscrit la résistance dans la légalité chrétienne et monarchique.
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Timeline – Les événements clés autour de la régence de 1418
Chronologie essentielle
1407 : Assassinat du duc d’Orléans, début de la guerre civile.
1415 : Défaite française à Azincourt face à l’Angleterre.
Mai 1418 : Prise de Paris par les Bourguignons.
Juin 1418 : Fuite du dauphin Charles hors de Paris.
26 décembre 1418 : Proclamation de la régence à Bourges.
1420 : Traité de Troyes, déshéritant officiellement le dauphin.
1422 : Mort de Charles VI, Charles devient roi de droit.
1429 : Intervention de Jeanne d’Arc, sacre à Reims.
Le traité de Troyes : la trahison institutionnalisée
En 1420, le traité de Troyes prétend régler la succession du royaume. Sous influence bourguignonne et anglaise, Charles VI déshérite son propre fils au profit du roi d’Angleterre. Un acte contre-nature, politique et spirituel.
Pour Charles, désormais qualifié de “roi de Bourges”, c’est une épreuve supplémentaire. Mais il refuse de plier. Il s’appuie sur le droit divin, la tradition capétienne et le soutien populaire des provinces du sud.
Anecdote méconnue : l’anneau de Saint Denis
Peu connu des manuels, un détail rapporté par une chronique berrichonne évoque que Charles conservait sur lui un anneau béni à l’abbaye de Saint-Denis, symbole de la continuité royale. Il le portait lors des conseils importants, comme un rappel de sa mission sacrée.
Cet objet, disparu après son sacre, aurait servi de talisman spirituel durant les années d’exil.
Analyse exclusive – Un acte fondateur de l’identité chrétienne française
La régence de 1418 n’est pas un simple épisode politique. Elle est un acte de foi. En proclamant la continuité du royaume malgré l’occupation, Charles affirme que la France ne se résume pas à un territoire, mais à une vocation.
Cette vocation est chrétienne. Le roi est lieutenant de Dieu sur terre. Tant que cette fonction subsiste, la France subsiste. Cette idée irrigue toute la reconquête ultérieure, jusqu’à l’épopée johannique.
L’historien Jacques Bainville écrira plus tard :
« La monarchie française a survécu parce qu’elle a toujours cru en sa mission. »
Réflexion patrimoniale – Ce que 1418 dit à la France d’aujourd’hui
L’histoire du dauphin Charles nous rappelle une vérité essentielle : la France traverse les crises non par la force brute, mais par la fidélité. Fidélité à une histoire, à une foi, à une légitimité.
En 1418, tout incitait à la résignation. Pourtant, un adolescent choisit la continuité plutôt que l’effacement. Cette leçon demeure actuelle. Préserver notre unité spirituelle et nationale, c’est refuser l’oubli et l’humiliation.
L’héritage de Bourges n’est pas celui d’un repli, mais d’une espérance enracinée.








