
Le 14 octobre 1806, sur les plateaux de Thuringe près d’Iéna (Jena), se joue l’un de ces moments fulgurants de l’histoire militaire : Napoléon Ier, perché sur le Landgrafenberg, orchestre une victoire foudroyante contre l’armée prussienne lors de la guerre de la Quatrième Coalition. Ce combat, bref mais décisif, va bouleverser l’équilibre des puissances en Europe.
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Contexte historique
À l’automne 1806, la Prusse rejoint la Quatrième Coalition contre la France impériale, en alliance avec la Russie, la Saxe et d’autres États.
La diplomatie avec Paris a échoué : la Prusse envoie un ultimatum à Napoléon pour qu’il retire ses troupes au-delà du Rhin. Le 9 octobre 1806, elle déclare officiellement la guerre.
Napoléon, quant à lui, agit rapidement : il marche vers la Prusse avec la Grande Armée, bien organisée en corps d’armée. Le 13 octobre, son armée arrive sur les hauteurs d’Iéna, au plateau de Landgrafenberg — position stratégique que les Prussiens avaient négligée de sécuriser.
Les principaux protagonistes
Napoléon Ier : à la tête de la Grande Armée, il incarne le génie stratégique de l’Empire.
Maréchal Jean Lannes : il dirige un des corps d’armée et manœuvre dans le brouillard du matin, exploitant le flanc gauche prussien.
Maréchal Charles-Pierre Augereau : mène une attaque sur le flanc droit, mais en diversion selon les plans de Napoléon.
Maréchal Jean-de-Dieu Soult : aussi engagé dans la manœuvre enveloppante.
Maréchal Michel Ney : désobéit à ses ordres en déclenchant une offensive prématurée, ce qui provoque des échanges difficiles mais finit par servir la stratégie globale.
Dans la bataille sœur à Auerstedt, le maréchal Louis-Nicolas Davout joue un rôle déterminant : avec seulement ~26 000 hommes, il affronte l’avant-garde prussienne et remporte une victoire remarquable.
Le Prince Friedrich Ludwig de Hohenlohe-Ingelfingen, commandant prussien à Iéna.
Charles William Ferdinand, duc de Brunswick, commandant prussien à Auerstedt (blessé au cours de la bataille).
Le déroulement de la bataille
À l’aube, vers 6 h du matin, les premières salves d’artillerie résonnent. Napoléon, depuis le plateau du Landgrafenberg, donne ses ordres.
Le brouillard matinal aide Lannes à progresser à couvert, tandis que Augereau, à droite, attire l’attention des Prussiens par une attaque qui semble risquée, mais qui s’avère stratégique.
Pendant ce temps, Ney, allait à l’encontre des directives, engage ses hommes avec seulement 3 000 hommes — une manœuvre risquée, mais sa formation en carré repousse la cavalerie prussienne.
Vers le milieu de la journée, Napoléon déclenche son attaque générale : Augereau, Lannes, Soult et enfin Murat (à la cavalerie) convergent pour envelopper l’ennemi. Selon certaines sources, le corps de réserve prussien est rapidement écrasé.
Les pertes prussiennes sont très lourdes : selon des récits, des milliers tombent, d’autres sont faits prisonniers, et de nombreux canons sont capturés par les Français.
Dans la foulée, la cavalerie de Murat harcèle la retraite prussienne, transformant leur recul en déroute.
Conséquences et portée
La victoire à Iéna (et simultanément à Auerstedt) est écrasante. La Prusse sort affaiblie : ses forces se désagrègent, les forteresses tombent, et Napoléon entre à Berlin moins de trois semaines plus tard (le 27 octobre 1806).
Cette campagne rapide marque un tournant : l’armée prussienne, longtemps respectée comme l’une des meilleures d’Europe, est humiliée. Le traité de Tilsit en 1807 réduira la Prusse à une partie de son territoire.
Stratégiquement, cette victoire renforce l’influence de Napoléon en Allemagne et consolide le Premier Empire.
Anecdote originale : le moulin de Krippendorf et la colline de la Schnecke
Un des détails moins célèbres que l’on n’apprend pas toujours dans les manuels scolaires se trouve dans les archives de l’Office Napoléon : pendant la bataille, les soldats français et prussiens utilisaient le vieux moulin de Krippendorf, visible au loin sur le plateau, comme point de repère.
Plus étonnant encore, une division saxonne — alliée des Prussiens — observait le déroulement des combats depuis une colline nommée la Schnecke, près de Vierzehnheiligen. Mais les Saxons, mal informés de l’évolution de la bataille, ne reçurent pas d’ordres clairs : ils restèrent sur place, passifs, jusqu’à ce que les Français, menés par Augereau, les attaquent autour de 14h30.
Cet oubli tactique coûte cher : des Saxons sont capturés, d’autres fuient, et leur inaction illustre une mauvaise coordination dans le camp prussien-saxon — ce qui joue en faveur de Napoléon.
Pourquoi cette bataille reste une leçon de stratégie
La bataille d’Iéna est souvent citée comme un exemple parfait de guerre éclair : Napoléon combine rapidité, mobilité, manœuvres enveloppantes et usage judicieux de l’artillerie.
Il exploite le terrain (le plateau) pour avoir un avantage visuel et tactique.
Il ordonne des attaques divergentes (diversion + assaut principal) pour désorganiser l’ennemi.
Il sait déléguer à des maréchaux capables (Lannes, Soult, Augereau) tout en gardant une vision globale.
C’est ce type de tactique qui va inspirer non seulement les campagnes napoléoniennes, mais plus tard les stratèges militaires partout en Europe.
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