Hasselt 1798 : le dernier sursaut héroïque de la guerre des Paysans

Introduction : une insurrection qui parle encore à nos racines

Chaque peuple porte dans sa chair des souvenirs d’insurrection. Des moments où des hommes simples — des artisans, des laboureurs, des pères de famille — prennent les armes non par goût du sang, mais pour défendre ce qui fonde leur monde : leur foi, leurs coutumes, la transmission des ancêtres.
La guerre des Paysans de 1798 appartient à cette fibre profonde de l’histoire. Un épisode parfois négligé, relégué aux marges du grand récit révolutionnaire, mais dont l’âme demeure brûlante. Ce fut un combat mené au nom de la liberté véritable, celle qui naît d’un enracinement et non d’un décret administratif.

La bataille du 5 décembre 1798, à Hasselt, représente l’ultime déflagration de cet élan populaire. Un dernier cri avant le silence. Une journée d’hiver où, dans les ruelles étroites d’une ville flamande, l’honneur paysan voulut encore croire possible la victoire contre la machine révolutionnaire.

Cet article propose de retracer ce moment tragique, d’en exposer le contexte, les acteurs, les passions, tout en donnant chair à une histoire trop souvent figée. Et même d’y ajouter une anecdote rare, issue des traditions locales, absente des encyclopédies classiques.

Regardez la version courte de cette histoire sur YouTube :

Contexte historique : une révolte née de la terre et de la foi

À la fin du XVIIIe siècle, les anciens Pays-Bas autrichiens — l’actuelle Belgique — sont annexés par la République française. Pour les populations rurales, le choc est immense.
La Révolution impose :

  • la conscription obligatoire, vécue comme une spoliation des familles ;

  • la laïcisation forcée, perçue comme un sacrilège ;

  • la dissolution des structures traditionnelles ;

  • la pression fiscale et les réquisitions alimentaires ;

  • la disparition des anciennes institutions villageoises.

Dans les campagnes du Brabant, de la Campine et du Limbourg, l’hostilité grandit. Les paysans, très attachés à leur clergé local, voient leurs prêtres pourchassés ou emprisonnés. Les clochers sont réduits au silence, les processions interdites, les terres ecclésiastiques confisquées.

Le déclencheur sera la levée des 200 000 hommes exigée par le Directoire, qui arrache les jeunes gens à leurs familles. La colère se cristallise : on jure de défendre la terre des pères et de refuser de servir la République étrangère.

L’insurrection éclate à l’automne 1798. On l’appelle Boerenkrijg — la guerre des Paysans.

Bien que peu structurée, elle mobilise rapidement plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Leur armement est sommaire : fourches, bâtons, fusils de chasse. Mais leur détermination est totale.

Durant quelques semaines, les campagnes s’embrasent, les postes républicains sont attaqués, les villes tremblent. Les insurgés rêvent de rejoindre les forces de la Coalition, notamment autrichiennes, pour renverser la République.
Mais l’espoir s’essouffle. Les grandes puissances n’interviennent pas.

Hasselt, décembre 1798 : la dernière citadelle

Le 4 décembre 1798, Hasselt tombe entre les mains des insurgés. Une prise audacieuse, presque miraculeuse.
Ils y sont entre trois et quatre mille, venus de Campine et du Brabant. Tous espèrent encore rallier Maastricht ou y trouver appui. Pour eux, Hasselt est un refuge, une étape vers le salut.

Mais à l’aube du 5 décembre, le destin se met en marche.

Le général Jacques-François Jardon, vétéran républicain, discipliné, méthodique, arrive à marche forcée avec une demi-brigade aguerrie. Pour lui, l’ordre du Directoire est clair : l’insurrection doit être écrasée. Aucun compromis, aucune négociation. L’autorité révolutionnaire doit s’imposer, fût-ce au prix de la terreur.

Les personnages principaux

Les insurgés : un peuple en armes

Les chroniqueurs décrivent des hommes rudes et sincères. Ils ne portent pas d’uniforme :

  • des blouses de lin,

  • des sabots,

  • des capes épaisses pour braver l’hiver,

  • des chapelets glissés dans les poches,

  • des crucifix suspendus à la poitrine.

Leur chef le plus emblématique à Hasselt aurait été un certain Jan van Damme, paysan du Brabant, robuste, rusé, très respecté. L’histoire officielle ne retient que son nom éparpillé dans les archives locales, mais les traditions orales en font un meneur magnétique, un homme de foi qui galvanisait ses compagnons en récitant les psaumes avant chaque assaut.

Ce sont eux, les anonymes, qui firent la guerre des Paysans : un peuple debout.

Le général Jardon : la République en marche

Jardon n’est pas un sanguinaire. Il est un soldat.
Formé avant la Révolution, puis intégré aux armées républicaines, il incarne cette génération militaire qui croit sincèrement que la République porte un message universel. Aux yeux de Jardon, ces paysans ne sont pas des martyrs : ce sont des réfractaires à la loi, manipulés par les prêtres.

Il combat donc avec conviction. Et sa conviction, ce jour-là, va être fatale aux insurgés.

La bataille du 5 décembre : quatre assauts, une ville en flammes

Les combats commencent au matin. Jardon lance son premier assaut contre la porte de Bruxelles. Les insurgés résistent avec une énergie farouche : ils tirent depuis les fenêtres, lancent des pierres, se battent au corps à corps.
Mais les républicains sont disciplinés. Ils percent les premières lignes.

Deuxième assaut : la porte de Kempens.
Les paysans reculent, mais infligent des pertes sévères.

Troisième assaut : la porte de Stevoort.
Cette fois, l’organisation paysanne s’effondre. Les ruelles deviennent des couloirs de mort. Les défenseurs se battent pied à pied, mais l’avantage militaire est trop net.

Jardon finit par prendre trois des quatre portes.
Les insurgés sont encerclés.

La fuite et l’hécatombe

La seule issue qui semble encore ouverte est la route de Saint-Trond.
Les paysans tentent de s’y engouffrer. Mais les républicains, rapides, les rattrapent.
Ce qui suit relève du massacre.

Des centaines de corps jonchent les fossés. Beaucoup meurent en tentant de protéger leurs fils. D’autres refusent de jeter leurs armes et sont abattus. Le soir, les plaines gèlent, figées par le froid de décembre, tandis que la République s’impose dans le sang.

La guerre des Paysans est finie.

Une anecdote rare : “les cierges de Hasselt”

Selon une tradition locale rapportée au XIXe siècle — mais absente des récits officiels — les habitants de Hasselt auraient vu, la nuit précédant la bataille, des lueurs semblables à des cierges courir le long des remparts.
Les insurgés y virent un signe divin. Certains prêtres réfractaires chuchotèrent qu’il s’agissait “des armes célestes des martyrs du Brabant, venus soutenir leurs frères”.

Des historiens modernes parleront de simples lanternes ou de patrouilles se déplaçant dans la brume.
Mais pour les survivants, ce fut un souvenir sacré : une vision d’espérance dans la nuit. Un signe que leur combat, même perdu, n’avait pas été vain.

Cette anecdote est encore racontée dans quelques familles de la région, transmise discrètement comme un rappel que la foi peut illuminer même les heures les plus sombres.

Après Hasselt : la répression et l’effacement

Les jours qui suivent sont terribles.
La République procède à :

  • des exécutions publiques,

  • des déportations vers la France,

  • la confiscation des biens,

  • des enquêtes massives contre les villages suspects.

La mémoire de l’insurrection est étouffée volontairement. On veut réduire cet épisode à une simple agitation locale.

Mais la guerre des Paysans fut bien plus que cela.
Elle fut un cri de fidélité.
Une défense de la foi catholique contre la laïcisation forcée.
Une affirmation de l’identité populaire face à l’ingénierie politique.
Un soulèvement instinctif, enraciné, qui continue de nous parler dans un monde où l’enracinement est sans cesse menacé.

Pourquoi Hasselt 1798 nous parle encore aujourd’hui

Dans un temps où l’Europe vacille, où les peuples doutent de leur avenir, le souvenir de ces paysans rappelle que la dignité ne se négocie pas.


Ils n’étaient pas des révolutionnaires :

Ils étaient des gardiens.
Gardiens de leur terre.
Gardiens de leur foi.
Gardiens de leur héritage.

Le patriotisme qui les animait n’était pas celui des idéologies abstraites, mais celui du cœur, du foyer, de la famille.
Un patriotisme de chair, profondément chrétien.

Comprendre Hasselt, c’est comprendre que les nations se construisent autant dans les insurrections rurales que dans les grands salons diplomatiques.
Sur des choix d’hommes simples qui, un matin de décembre, décidèrent de ne pas se laisser dépouiller.

Conclusion : un héritage moral

Le 5 décembre 1798 n’est pas seulement une date.
C’est un symbole.
Celui de la résistance d’un peuple écrasé mais jamais soumis.
La guerre des Paysans n’a pas vaincu militairement, mais elle a laissé un enseignement moral : aucune puissance politique ne peut durablement étouffer l’âme d’un peuple chrétien.

Et la mémoire de Hasselt, même discrète, demeure une flamme que nous avons le devoir de transmettre.

Rambarde Knight

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