La bataille de Nancy (1477) : comment la Lorraine fit tomber Charles le Téméraire ?

Un choc décisif dans l’hiver médiéval

Le 5 janvier 1477, dans le silence glacé des plaines enneigées de Lorraine, se joue l’un des épisodes les plus décisifs de l’histoire de France médiévale. La bataille de Nancy n’est pas un affrontement ordinaire : elle est la confrontation finale entre l’orgueil d’un prince démesuré et la résistance d’une chrétienté déterminée à préserver son ordre spirituel et politique. Ce jour-là, Charles le Téméraire, duc des Bourguignons, rêve encore d’ériger un empire rivalisant avec les plus grandes puissances d’Occident. Face à lui se dresse René II de Lorraine, prince chrétien soutenu par des alliés suisses animés d’une foi farouche et d’un sens aigu de la liberté.

Au-delà de la simple victoire militaire, Nancy symbolise la fin d’un monde : celui des grandes principautés féodales défiant l’équilibre du royaume et de la chrétienté. La mort tragique de Charles le Téméraire, abandonné dans la neige, marque la chute d’une ambition excessive et rappelle une leçon constante de l’histoire de Religion chrétienne : nul ne peut durablement s’élever contre l’ordre voulu par Dieu et par la communauté des peuples chrétiens.

Contexte historique : la Bourgogne face à l’équilibre chrétien de l’Occident

Le rêve bourguignon d’un État intermédiaire

Au XVe siècle, l’Europe occidentale est en pleine mutation. Le royaume de France, récemment sorti de la guerre de Cent Ans, se reconstruit et renforce progressivement son autorité sous les rois de la dynastie des Valois. Entre la France et le Saint-Empire romain germanique s’étend un ensemble territorial riche et puissant : le duché de Bourgogne.

Charles le Téméraire hérite en 1467 d’un État prospère, s’étendant de la Bourgogne ducale aux riches Flandres. Son ambition est claire : transformer cet ensemble disparate en un royaume souverain, affranchi de toute suzeraineté. Ce projet heurte frontalement l’équilibre politique et spirituel de la chrétienté occidentale, fondé sur la coopération – parfois conflictuelle – entre royaumes chrétiens légitimes.

Un prince isolé face aux puissances chrétiennes

Là où son père Philippe le Bon privilégiait la diplomatie, Charles choisit la guerre. Il s’aliène progressivement ses voisins : le roi de France Louis XI, les villes flamandes, les cantons suisses, et enfin les princes lorrains. Sa brutalité politique et son orgueil personnel nourrissent une coalition chrétienne déterminée à mettre fin à ses excès.

La Lorraine occupe une position stratégique. En tentant de la contrôler, Charles le Téméraire espère relier ses possessions du nord et du sud. Mais René II de Lorraine, soutenu par le sentiment populaire et par des alliés suisses profondément attachés à leur foi et à leur autonomie, refuse de plier.

Les protagonistes de la bataille

Charles le Téméraire : l’orgueil d’un conquérant

Charles de Bourgogne, dit « le Téméraire » ou « le Hardi », incarne la figure du prince chevaleresque poussé à l’extrême. Courageux jusqu’à la témérité, profondément convaincu de sa destinée, il voit dans la guerre un instrument légitime pour asseoir sa grandeur.

Pourtant, son rapport à la foi chrétienne est ambigu : s’il se présente comme défenseur de l’Église, son ambition personnelle prime souvent sur l’humilité et la prudence chrétiennes. Un chroniqueur bourguignon écrit à son sujet :

« Le duc croyait que nulle force humaine ne pouvait s’opposer à sa fortune. »

Cette certitude excessive le conduit à sous-estimer ses adversaires et à ignorer les avertissements.

René II de Lorraine : le prince libérateur

René II apparaît comme l’antithèse de Charles. Jeune, pieux et proche de ses sujets, il incarne un idéal de prince chrétien défendant sa terre non par ambition personnelle, mais par devoir. Sa cause est perçue comme juste : libérer la Lorraine de l’occupation bourguignonne et restaurer un ordre conforme à la tradition chrétienne.

Soutenu par les cantons suisses, réputés pour leur discipline et leur ferveur religieuse, René II bénéficie d’une armée motivée, convaincue de lutter pour une cause qui dépasse la simple politique.

La bataille de Nancy : le choc final

Un champ de bataille glacé

Le 5 janvier 1477, les conditions sont extrêmes. La neige recouvre les champs autour de Nancy, le froid est mordant. L’armée bourguignonne, affaiblie par des campagnes précédentes et par des désertions, fait face à des troupes lorraines et suisses déterminées.

Les Suisses, armés de longues piques, adoptent une tactique redoutable. Leur infanterie compacte brise les charges de la cavalerie bourguignonne, symbole même de la chevalerie traditionnelle.

La mort du Téméraire

Charles, refusant la retraite, charge personnellement. Son courage devient acharnement. La bataille tourne au désastre. Isolé, blessé, il disparaît dans la mêlée. Deux jours plus tard, son corps est retrouvé, méconnaissable, dépouillé et partiellement dévoré par les loups.

Cette fin tragique frappe les esprits. Elle est perçue comme un châtiment providentiel par de nombreux contemporains.

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Anecdote méconnue : la cloche de Saint-Nicolas

Une tradition lorraine rapporte qu’au matin de la bataille, la cloche de l’église Saint-Nicolas-de-Port aurait sonné de manière inhabituelle, malgré l’absence de sonneur. Les habitants y virent un signe céleste annonçant la délivrance prochaine de la Lorraine. Si les historiens modernes restent prudents, cette anecdote témoigne de la lecture spirituelle que les populations faisaient alors des événements militaires.

Timeline chronologique : la chute de la Bourgogne

Chronologie essentielle de la bataille de Nancy

  1. 1467 : Charles le Téméraire devient duc de Bourgogne

  2. 1474 : début des guerres de Bourgogne contre les Suisses

  3. 1476 : défaites bourguignonnes de Grandson et Morat

  4. Fin 1476 : siège de Nancy par Charles

  5. 5 janvier 1477 : bataille décisive de Nancy

  6. 7 janvier 1477 : découverte du corps de Charles

  7. 1477 : rattachement progressif des territoires bourguignons

  8. Fin du rêve d’un État bourguignon indépendant

Impacts spirituels et nationaux : une victoire fondatrice

La leçon chrétienne de Nancy

La bataille de Nancy illustre une constante de l’histoire de France chrétienne : la démesure conduit à la chute, tandis que la fidélité à la foi et à la communauté conduit à la victoire. René II n’est pas seulement un vainqueur militaire ; il devient le symbole d’une résistance légitime face à l’oppression.

Un tournant pour la France

La mort de Charles le Téméraire ouvre la voie au renforcement de l’influence française dans l’Est du royaume. Elle empêche la naissance d’un État rival puissant et contribue à l’unité territoriale progressive de la France, condition essentielle de sa mission historique en Europe.

L’historien Jacques Bainville écrira plus tard :

« La France se fit en se défendant, et Nancy fut l’un de ces remparts invisibles de son destin. »

Réflexion patrimoniale : Nancy, mémoire vivante de l’unité française

La bataille de Nancy ne doit pas être reléguée au rang de simple fait militaire. Elle est une page de notre héritage spirituel et national. Elle rappelle que la France s’est construite par l’équilibre entre puissance et foi, entre courage et humilité.

À l’heure où notre mémoire collective est parfois fragmentée, se souvenir de Nancy, c’est renouer avec une vision exigeante mais inspirante de notre histoire : celle d’un peuple uni autour de valeurs spirituelles, capable de résister aux ambitions démesurées et de préserver son identité.

Préserver cet héritage, le transmettre, c’est maintenir vivante l’âme de la France.

En Musique : Charles de Bourgogne, mon destin téméraire

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