
L’algorithme de X est open source… sauf la partie qui vous censure
- Actus, Épopées Sélectionnées
- 10 octobre 2026
Temps de lecture 8 minutes.
Le 13 août 2026, Elon Musk a sorti de son chapeau un lapin que nul n’attendait plus : l’algorithme de X, livré au grand public, consultable par quiconque possède un peu de patience et une connexion internet. Avec lui venait une promesse solennelle, celle d’en finir avec le vieux serpent de mer du shadowban, cette censure sans visage que des milliers de comptes dénoncent depuis des années sans jamais pouvoir en produire la moindre preuve. La presse a salué, les commentateurs ont glosé, les sceptiques ont haussé les épaules, et presque personne n’a pris la peine de faire la seule chose qui comptait vraiment : ouvrir le dépôt et lire le code. C’est précisément l’exercice auquel se livre ce hors-série de la chaîne Rambarde Knight, une enquête à l’ancienne menée non pas sur des communiqués mais sur des fichiers source, avec cette question en tête, qui vaut toutes les autres : X a-t-il ouvert la bonne partie de sa machine ?
Car le calendrier de cette transparence soudaine a de quoi faire tiquer le lecteur attentif. Un mois plus tôt, le parquet de Paris ouvrait une enquête pénale sur ce même algorithme, à la suite d’un signalement parlementaire, tandis que le Sénat se penchait sur la question et que Bruxelles avait déjà épinglé la plateforme au titre du règlement sur les services numériques. Coïncidence heureuse ou coup de communication soigneusement minuté, l’émission ne tranche pas d’emblée ; elle préfère poser les pièces sur la table, une à une, et laisser parler le code lui-même.
Une émission à découvrir sur YouTube
Une transparence spectaculaire, sur le papier
Il faut reconnaître à X une audace que ses concurrents n’ont jamais eue. La publication d’août dépasse de très loin celle de 2023, et elle s’accompagne d’un outil baptisé « Under the Hood », sous le capot, censé permettre à chaque utilisateur de télécharger un rapport indiquant si ses posts ou son compte ont subi une limitation de visibilité. Aucune grande plateforme n’était allée aussi loin dans l’exposition de son moteur de recommandation, et l’émission prend soin de le dire sans détour avant d’entrer dans le vif du sujet. Mais une vitrine bien éclairée ne dit rien de l’arrière-boutique, et c’est là que l’enquête commence à devenir passionnante, dans ce va-et-vient entre ce qui est montré et ce qui manque, entre la lumière crue des fichiers publiés et les zones d’ombre qu’ils dessinent par contraste.
Ce que le code confirme : la brutalité arithmétique du signalement
La première partie de l’enquête s’attache à ce qui est vérifiable, et qui rejoint ce que tant de créateurs de contenu ressentaient confusément depuis longtemps. Le moteur qui note chaque publication attribue des points à chaque interaction, et le barème, une fois mis à nu, a quelque chose de saisissant : les gestes d’approbation y pèsent peu, tandis que les gestes de rejet y frappent comme des coups de massue. Un seul signalement, démontre l’émission chiffres à l’appui, suffit à effacer l’équivalent de plusieurs centaines de mentions « j’aime », ce qui suffit amplement à expliquer la chute de portée de n’importe quel compte qui dérange, provoque ou refuse le consensus tiède, sans qu’il soit besoin d’invoquer le moindre complot. Au passage, l’enquête tord le cou à une légende tenace des réseaux sociaux, celle des liens externes qui tueraient la visibilité d’un post, en montrant ce que le code prévoit réellement en la matière.
Le juge invisible et le score qu’on ne voit jamais
C’est ensuite que l’émission descend dans les soutes. Chaque publication passe devant Grok, le modèle d’intelligence artificielle maison, chargé de vérifier si elle enfreint l’une des catégories de règles définies dans le code, parmi lesquelles figure une rubrique particulièrement sensible pour tout compte politique ou critique, celle de l’intégrité civique. La tuyauterie qui appelle ce modèle est publique, détaillée, documentée ; mais les instructions qui lui disent concrètement ce qu’est la haine, la menace ou l’extrémisme brillent par leur absence, et X l’assume d’ailleurs noir sur blanc dans sa propre documentation. L’enquête relève également un détail qui intéressera au plus haut point les historiens, les journalistes et tous ceux qui manient des sources délicates : la structure des données ne prévoit d’exception légitime que pour une seule catégorie sur l’ensemble, laissant l’analyse, la citation pédagogique ou le contexte historique à la merci de l’interprétation d’un modèle de langage lisant un prompt que personne ne verra jamais.
Plus discret encore, et peut-être plus lourd de conséquences, apparaît un score de crédibilité utilisateur, calculé à partir de la qualité de votre réseau d’abonnés selon une logique héritée des premiers moteurs de recherche, puis injecté directement dans le modèle qui note chacun de vos posts. Ce n’est ni une règle qu’on pourrait lister, ni une étiquette qu’on pourrait nommer : c’est une variable brute, enfouie dans le réseau de neurones, et c’est bien pourquoi l’outil « Under the Hood », qui n’affiche que des labels, ne pourra jamais en rendre compte, alors même qu’elle pèse en permanence sur tout ce que vous publiez.
Le Brésil, la France et l’aveu final
La partie la plus troublante de l’enquête tient dans un fichier au nom sans équivoque, consacré aux élections brésiliennes de 2026, et qui contient une liste nominative de comptes exclus des recommandations sur décision de justice. C’est, souligne l’émission, la seule occurrence de ce genre dans l’ensemble du dépôt, et elle n’existe que parce que la loi brésilienne l’imposait. D’où une question simple, posée avec la prudence qui convient : où est l’équivalent français, alors même que le parquet et le Sénat s’interrogent précisément sur ce point ? La réponse, que l’on vous laissera découvrir dans la vidéo, tient moins à une volonté de dissimulation, que l’enquête se garde bien d’affirmer, qu’à une architecture qui rend la preuve structurellement impossible. Et pour conclure, c’est X lui-même qui fournit la chute, par une phrase glissée dans le code du fameux rapport censé prouver que vous n’êtes pas censuré, une petite ligne en anglais qui vaut toutes les démonstrations.
Timeline de l’émission
- 0:00 — Accroche
- 1:00 — Le contexte
- 2:30 — Ce que le code confirme
- 5:00 — Le juge invisible
- 8:00 — Le score qu’on ne voit jamais
- 10:00 — Le Brésil, et le silence français
- 13:00 — La chute : l’aveu dans le code
- 14:00 — Conclusion
Vérifiez par vous-même
Ce hors-série a une ambition rare sur un sujet où l’opinion tient trop souvent lieu de preuve : tout ce qui y est montré est vérifiable par chacun, dans le dépôt public, sans avoir à croire quiconque sur parole. Que vous soyez créateur de contenu inquiet de votre portée, chercheur travaillant sur des sujets sensibles ou simple utilisateur curieux de savoir ce qui décide de ce que vous voyez chaque matin, ces quinze minutes changeront sans doute votre manière de lire votre propre fil d’actualité. Regardez l’enquête, dites en commentaire si vous avez vous-même le sentiment d’être invisibilisé et sur quel type de contenu, et abonnez-vous à la chaîne : d’autres investigations suivront.
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